Trésor de Boucq , du rêve au cauchemar .

Trésor de Boucq , du rêve au cauchemar .

15 avril 1997 , Jacques Royer et Louis Fontenay , deux paisibles retraités promènent paisiblement leur détecteur de métaux au lieu-dit « Val-Maillet » sur la commune de Boucq , tranquille bourgade de Meurthe et Moselle . Le lieu est une aire de repos ou nos prospecteurs pensaient découvrir quelques pièces de monnaies égarées sur cette aire de loisir . L’un des  deux compères  détecte une masse peu profonde signalée d’un bip très net par son détecteur.

Et là , surprise , un petit vase en argile rempli de pièces en or ! Nos deux amis , fous de joie , ne se doutaient que ce bref moment d’émotion allait rapidement virer au cauchemar .

.De retour à leur domicile, le butin découvert  fortuitement  s’avére être constitué de plus de 200 pièces d’or datant des règnes de Louis VII et Louis VIV .

 

Renseignements pris , la valeur du trésor est estimée à plus de 600 000F soit prés de 90 000€ .

Après s’être donné le temps de la réflexion , nos deux prospecteurs décident de déclarer leur trouvaille en bonne et due forme auprès de la mairie de la commune .

Se croyant dans leur bon droit ils supposent que la moitié de la valeur du trésor leur revient de droit , notamment en s’appuyant sur l’article 716 du code civil .

Mais voila ,certaines personnes vous découragent d’être honnête et notamment le maire de l’époque …

Quelques temps après , les deux découvreurs , trésor en main , sont reçus en mairie par le maire accompagné du trésorier de la sous-préfecture et d’un représentant de la DRAC qui leur annonce à leur grande surprise qu’une plainte a été déposée à leur encontre au motif de fouilles archéologiques à l’aide d’un détecteur de métaux  et destruction d’un site archéologique (une aire de loisir , ils ne manquent pas de toupets les bougres  ) .En conséquence de quoi le maire , sur de son droit et plein de reconnaissance à nos deux découvreurs (…)  revendique l’entière propriété du trésor .

 

Aussi  sec , le trésor est saisie en échange d’un reçu indiquant le nombre et la valeur estimée des monnaies , une pure escroquerie de la part des représentants de l’état car la somme est d’environ 30 € par monnaies alors qu’elles en valent 15 fois plus en se référant au prix de la mise aux enchères du lot , venant de l’état Français c’est d’autant plus regrettable .

 

Trois mois plus tard, les choses semblent se calmer et les poursuites abandonnées , les gendarmes mentionnant que cette recherche était un pur loisir sans aucune intention de trouvailles archéologique et même le maire reconnait la bonne foi des deux amis qui ont déclaré leur heureuse découverte dans les règle de l’art , l’affaire sera classée sans suite le 18 septembre 1997

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Revirement

Jacques Royer , l’un des deux découvreurs , déjà bien malade et très certainement affaibli par cette désillusion décèdera en mars 1999. Louis Fontenay n désormais seul dans cette affaire apprend que la gendarmerie mène une enquête de proximité à son sujet , finalement trainé devant les tribunaux il devra prendre un avocat pour assurer sa défense en premier instance et en appel , deux défaites qui se solderont par une amende avec sursis , des indemnités et d’énormes frais de procédure heureusement presque totalement payés grâce à un appel à la solidarité lancé sur les sites spécialisés en détection

En juin 2001 , la Cour de cassation confirme le jugement d’appel, en s’appuyant sur l’article L542 du Code du patrimoine qui reprend la loi n°89-900 du 18 décembre 1989, qui dit  :

«Nul ne peut utiliser du matériel permettant la détection d’objets métalliques, à l’effet de recherches de monuments et d’objets pouvant intéresser la préhistoire, l’histoire, l’art ou l’archéologie, sans avoir, au préalable, obtenu une autorisation administrative délivrée en fonction de la qualification du demandeur, ainsi que de la nature et des modalités de la recherche. Cette autorisation est accordée par arrêté du préfet de la région dans laquelle est situé le terrain à prospecter. Quiconque aura utilisé du matériel, sans avoir obtenu l’autorisation, sera puni de la peine d’amende applicable aux contraventions de la 5e classe. Le matériel qui aura servi à commettre l’infraction pourra être confisqué.»

 

En somme un pur scandale , un véritable acharnement à l’encontre d’un homme qui à trouvé un trésor par pur hasard et qui l’a déclaré , pas encourageant pour les prochains découvreurs de trésor qui , au vu de cette histoire , seront peu enclins à déclarer leur trouvaille .

A noter que si l’utilisation d’un détecteur de métaux n’avait pas été signalée , la moitié du trésor leur serait revenu de droit , du moins au seul découvreur qui aurait pu après partager cette moitié avec son compère .

 

Le trésor :

La monnaie la plus récent du dépôt datant de 1673 il ne fait aucun doute que le trésor a été enterré à cette période , période trouble durant laquelle Louis XIV était dans la tourmente avec la guerre de Hollande .

Le lieu de la trouvaille se trouve d’ailleurs au bord de la voie qui reliait Toul à Commercy et a certainement été dissimulé par un riche marchand ou ne garnison militaire .

 

La monnaie la plus récente ayant été frappée en 1673 (ce que les numismates appellent le « Terminus post quem » qui correspond à la date de la dernière monnaie), le pot a probablement été enterré cette année-là, quand le royaume de Louis XIV était en pleine guerre dite de Hollande, qui a duré de 1672 à 1678 : l’Autriche, l’Espagne et le duc de Lorraine Charles IV formaient la Grande Alliance contre la France. Or, le village de Boucq était situé, à l’époque, à la frontière entre la France et le duché de Lorraine.

Comme pour bon nombre de trésors dissimulés en période trouble, le malheureux dissimulateur décèdera avant d’avoir pu récupérer son bien qui devra patienter plus de trois siècles avant de revoir la lumière du jour grâce à nos deux prospecteurs sans qui il aurait été sans doute perdu à tout jamais .

 

Vente aux enchères :

Sans se soucier du patrimoine , la mairie de boucq décidera de mettre le trésor en vente aux enchères , pur scandale !

Sylvie Teitgen , la commissaire priseur n’a pas hésité à rendre hommage aux inventeurs en déclarant qu’ils avaient été victime d’une injustice .

 

Les deux cents monnaies rapporteront exactement 161 973€ , bien loin de la maigre estimation de 30€ par monnaie .

Maigre consolation :

Deux ans suivant cette histoire , une belle histoire d’un appel aux dons sur plusieurs magazines et forums de detection rapportera une somme suffisante pour racheter deux monnaies du trésor et les remettre à M Louis de Fontenay qui en est resté extrêmement ému .

Pour en savoir plus sur la législation concernant l'utilisation des detecteurs de metaux cliquez ici